dimanche 11 septembre 2016


  Les vacances c’est vulgaire. Les glaces au bord de l’eau, la brise tiède sur la peau, les après-midi de lecture à l’ombre d’une chambre fraîche, les siestes crapuleuses: banalités, distractions infantiles, amusements bas de gamme pour individus aux sens grossiers. L’infection au pneumocoque a beaucoup plus de dignité. Pour nos vacances nous avons fait ça, nous avons fait une pneumopathie. Nous avons fait les urgences de l’hôpital Tenon, beaucoup plus chics qu’une promenade au Cap Ferret, les conversations y ont une autre tenue, nous avons fait la pharmacie de la Rue de Bagnolet, avec la tronche jaunâtre de son pharmacien, nous avons fait la salle d’attente du radiologue de la rue des Pyrénées, ses plantes vertes en plastique et son odeur de désinfectant industriel. Tout cela a quand même une autre gueule qu’un bête séjour à l’Île Maurice. Été inoubliable en vérité. 
  Je garde d’ailleurs, en cette rentrée, le souvenir vivace de cette infection. Je renifle encore, je peine à monter les étages, je tousse sur les clients. Certains d’entre eux repartent peut-être avec les germes que je leur transmets. Je les regarde sortir de ma galerie avec une sorte de fierté de père de famille nombreuse. Je tousse parfois dans les colis que je poste pour l’étranger. Mes nombreux enfants verront ainsi du pays.

(Le Tampographe Sardon)


Voyage au centre du Tampographe

samedi 10 septembre 2016

  La mondialisation, c'est le tiers-monde à portée de main: obésité et famine dans la même rue, et bientôt dans la même maison. Le commerce des portes blindées et des casques de réalité virtuelle est l'avant-dernière étape d'un suicide collectif.

(1438)


Féérie pour cette fois-ci

jeudi 8 septembre 2016


  Toute hiérarchie sera définitivement abolie, et la propriété privée sera réduite à l’extrême, avant d’être frappée de caducité. La construction d'immeubles à étages, de machines volantes et de gratte-ciel sera découragée.

  Le Code de l’urbanisme servira d'allume-feu. Celui qui décidera de construire son logement fera en sorte qu’il soit le plus discret possible, allant jusqu’à se fondre dans le paysage existant. Celui qui choisira de dormir à la belle étoile agira de la même façon.

  Le développement des agroforêts sera encouragé, tout particulièrement dans les endroits dédiés autrefois à l’agitation automobile, aux chemins de fer, à l’aviation et aux vernissages.

  En apprenant à ralentir et à respirer, l’homme finira par se déplacer sans que le chevreuil s’en aperçoive, et alors seulement, peut-être, la vie sur terre sera-t-elle moins pénible à supporter.
  La survie de l’humanité passera par l’extinction de l’urbanisme.



(1438)


Houbiste ouïssant siffler le drône

-

Document Laura et Pam

lundi 5 septembre 2016

  Tout ce qui a été bâti jusqu'à présent mérite d'être démonté ou détruit.

(1437)


Harmony of the seas,

programme:




Félicity of the ground

  Peu doué pour les rapports sociaux, et par ailleurs très vite irrité par ceux-ci, j’entretiens cependant d’excellentes relations avec les arbres fruitiers.
  Ainsi, lors d’une courte promenade avec quelques vertiges, zigzaguant entre chien et loup, je fis la connaissance d’un aimable cerisier sauvage, qui lui aussi avait poussé à la mauvaise époque. 
  Son écorce était harcelée par un fil de fer barbelé, et de son tronc suintait un mélange de sève et de gomme. Là-bas comme partout ailleurs, la puissance de l’homme se manifestait par un étouffement progressif de toute forme de vie non formatée.
  Je rentrai chez moi sans plus tarder, puis, armé d'une tenaille russe, je revins immédiatement vers mon nouvel ami.
  Le combat fut âpre, car, à la simple vue de mon regard meurtrier, le barbelé se jeta sur mon avant-bras, et je commençai par perdre quelques gouttes de sang au début de l’affrontement. Mais au final, après avoir lutté corps à corps, je délivrai le cerisier et le quittai avec ce sentiment de libération et de légèreté que seul le délirant peut connaître.
  De retour sur mes terres, une fois débarbouillé, je m’allongeai sur l’herbe fraîche. Tremblant, bouleversé comme après toute intervention, j’espérai à nouveau en avoir fini pour toujours avec toute chose, mais à cette époque plus encore qu’à n’importe quelle autre, je savais que l'espoir était pathologique.

(1446)


Chapitre XXXIX - Le combat fut âpre

samedi 3 septembre 2016


  On ne peut vivre longtemps sans caresses, mais à trop caresser on finit par lasser. Quelques morsures bien placées permettent aux amants idylliques de prolonger la passion en accédant au huitième ciel, degré ultime de la fusion des corps et de la complicité spirituelle.

(1444)


Daphné et Apollon - Joel-Peter Witkin


(Aucune chèvre n'a été soumise à de mauvais traitements au cours de cette séance - WWF)

vendredi 2 septembre 2016

  L’ambition fait bouillir la marmite, la loi maintient le couvercle et la politique souffle sur le feu.

 Au début du XXIème siècle, on pouvait lire sur Wikipédia:

 "Les autocuiseurs modernes sont pourvus de mécanismes de sécurité qui empêchent l'ouverture du couvercle tant que le récipient reste sous pression." 

(1445)


Le monde d'après

-

Naissance du houbisme

ou

Nell, saine et sauve - Document O. Khayyam

jeudi 1 septembre 2016


  Hommes, femmes, enfants, nous sommes tous des monstres, évidemment. Cependant, dans certaines circonstances nous sommes attachants : voyez le général-major et la grippe, le commerçant et l’arthrite, le touriste et la dysenterie, le plumitif et la maladie d’Alzheimer, le rédacteur en chef et la faillite, l'homme d'affaires et l’incendie dans la cage d’ascenseur, …
  L’homme bonifie quand il s’affaiblit, et atteint la suprême bonté en mourant. La mononucléose et la bronchopneumonie comptent parmi les plus puissants ferments de l’humanisme.
  Grippés, les organismes se mettent naturellement au repos, et voilà la paix perpétuelle.

(1435)


Non-grippés avec entrain


mercredi 31 août 2016

  Chaque homme n'est que le reflet déformé d'un autre homme, éternellement sidéré par tant de ressemblance et d'incompréhension.

(1443)


dimanche 28 août 2016

   Extrême supériorité dans tel domaine, infirmité dans tel autre. Il ne peut y avoir d’Élu.

(1442)




Le ciel de la Terre


  Lorsqu’un chien errant s’approche de votre cabane, vous le sentez hésitant, inquiet. Vous pouvez l’apprivoiser, lui proposer de l’eau fraîche, fraterniser avec cet être vivant qui ne semble plus savoir où il en est.
  Quand le même animal se présente avec son maître, il est en territoire conquis. Le voilà qui se jette sur vous en bavant, puis détruit les nénuphars d’un seul bond.
  Il en est de même avec l'homme soumis à telle ou telle divinité.

(1440)


Le Surhomme sur le toit

vendredi 26 août 2016

  Depuis que le port d'arme permanent est généralisé, les terroristes sont anéantis : bien avant leur entrée dans la salle de spectacle, un massacre a déjà eu lieu, et la soirée est terminée.

(1342)


Dupes ou non-dupes ?



  Si les pinceaux dont je me suis servi pour te peindre le crime, t'affligent et te font gémir, ton amendement n'est pas loin, et j'ai produit sur toi l'effet que je voulais. Mais si leur vérité te dépite, s'ils te font maudire leur auteur... malheureux tu t'es reconnu, tu ne te corrigeras jamais.

(Donatien Alfonse François de Sade)



Dessin - Auteur inconnu ?
  Le marquis de Sade, cet esprit le plus libre qui ait encore existé, avait sur la femme des idées particulières et la voulait aussi libre que l'homme. Ces idées, que l'on dégagera quelque jour, ont donné naissance à un double roman : Justine et Juliette. Ce n'est pas par hasard que le marquis a choisi des héroïnes et non pas des héros. Justine, c'est l'ancienne femme, asservie, misérable et moins qu'humaine; Juliette, au contraire, représente la femme nouvelle qu'il entrevoyait, un être dont on n'a pas encore idée, qui se dégage de l'humanité, qui aura des ailes et qui renouvellera l'univers.

(Guillaume Apollinaire)


jeudi 25 août 2016

  (...)

  Et tous, bavant la foi mendiante et stupide,
  Récitent la complainte infinie à Jésus
  Qui rêve en haut, jauni par le vitrail livide,
  Loin des maigres mauvais et des méchants pansus,

   (...)


(Arthur)


Rue de Prague - Otto Dix

  Le naturopathe reçoit tout ce qui vient de la nature comme un divin présent, puis il fait installer un climatiseur suite à la défaillance du ventilateur.

(1369)


Idéal levant

mardi 23 août 2016

   Est-ce étrange qu'un simple malaise, un trouble de la circulation peut-être, l'irritation d'un filet nerveux, un peu de congestion, une toute petite perturbation dans le fonctionnement si imparfait et si délicat de notre machine vivante, puisse faire un mélancolique du plus joyeux des hommes, et un poltron du plus brave ?

(Guy de Maupassant)



  De temps à autre, le médecin vient s’allonger dans mon divan.
  - Je vais tout arrêter, me dit-elle.
  - Comme je vous comprends.
  - Mes patients sentent la transpiration, ils sont racistes, ils passent leur temps à s’empoisonner, et, par-dessus le marché, ils veulent être sauvés. Je vais partir le plus loin possible, en montagne. J’irai élever des chèvres sous les nuages.
  - Vous me manquerez, lui dis-je au moment de servir le thé.
  - N’est-ce pas votre ami Friedrich qui a écrit : « On s’épuiserait si on continuait à réagir » ?
  - Je n’ai pas d’amis, excepté Tchouang-tseu, qui n’a probablement jamais existé, seulement quelques amies. Mais la citation est exacte, et très juste. Malheureusement pour lui, et comme bien souvent, le philosophe n’a pas suivi ses propres conseils.
  - Que mettez-vous dans le thé ?
  - Quelques feuilles de menthe fraîche et un peu de miel de contrebande.
  - Y a-t-il jamais eu des temps plus atroces ?
  - Rares sont les époques qui ont connu un franc succès ici-bas, à l’exception des guerres et des pandémies, naturellement, qui enchantent toujours les plus enthousiastes.

  Elle sourit. Nous buvons à la santé des fuyards, puis elle s’éloigne de ma cahute et retourne soigner les autres, à défaut de les guérir.

  Le médecin misanthrope est le plus compétent. Les patients qui critiquent son naturel désenchanté sont malvenus : le jour où ils tomberont réellement malades, ils se retrouveront seuls en face d’une pancarte abandonnée sur la porte d’entrée :

  Je vais beaucoup mieux, merci pour tout.

(1398)


Diplômée de la Faculté de Médecine préventive


  Enfiévrés, les amants désirent torturer, violer, tuer et finir enlacés dans les flammes du bûcher face aux regards envieux de tous les autres hommes : voilà les fruits de la passion. Tout le reste est affaire de psychologie de comptoir, sur France Culture, avec Leili Anvar.
  - La connaissance de soi est inappétante, dit très justement Clément Rosset.
  - Deviens ce que tu es, dit le fou furieux.
  - Es-tu sûr ? dit chèvre Gabrielle.

(1399)


L'Amour surprend toujours

-

Dessin - Paolo Eleuteri Serpieri

  Je ne lis pas les livres, je les ratisse. Et la plupart du temps, je les jette au loin avant de les avoir terminés. Tant de ratures manquent à vos chefs-d'oeuvre, mes amis !
  Au lecteur idéal, quelques fragments offrent la seule expérience à parfaire.

(1341)


  J'ai aimé vivre dans la brume, sur un fil tendu entre deux points invisibles, à mi-chemin de toute destination.

(1340)


Cheval sauvage en Irlande - Lisa Ebright


vendredi 19 août 2016


  Les dix premières minutes de navigation en mer me furent agréables, ensuite vinrent l’ennui et la nausée. Quand celle-ci m’abandonna, je me rendis compte qu’en fait de voyage nous étions prisonniers d'un réduit de quelques mètres carrés.
  Le lendemain, alors que nous prenions le déjeuner avec cet air désolé du hauturier par calme plat, un fort coup de vent nous prit par surprise. Le voilier se mit à gîter, tout fut flanqué par terre et mon humeur remonta. Au près serré, nous étions battus par l’écume et, aussi vite que possible, tout redevint aussi lassant qu’auparavant.
  Le voyage, quelle pénitence ! 
 Je n'imagine pas d’autre délice que le néant, ce vieil eldorado qui pourtant m’épouvante malgré cette idée farfelue qui me revient de façon régulière, et selon laquelle il pourrait me sauver de quelque chose.

(1356)




jeudi 18 août 2016


  Vous aviez un ami et celui-ci vous a déçu. Dorénavant, vous n’en aurez plus. Quelle sottise ! L’admiration va de pair avec la déception. Ne vous êtes-vous jamais déçu ? Ne vous êtes-vous jamais fâché avec vous-même ? Or, vous avez fini par abandonner : il en allait de votre survie.
  Jules Renard a très bien résumé tout cela : « Il n’a pas d’amis : il y a des moments d’amitié. »
 A celui qui a bien examiné les choses, il ne reste plus grand-chose.

(1382)



Humainement, tout est foutaise, dit Colette

samedi 13 août 2016