dimanche 16 juillet 2017

    De temps à autre, c’était lui qui marchait devant, à une centaine de mètres, mais le plus souvent c'était elle qui progressait en avant, car il titubait, ou presque.
    Lorsqu’ils étaient fatigués, ils s’allongeaient côte à côte.

    - Tête-bêche, disait-elle.

    Ensuite ils repartaient, peut-être à cause de la pluie ou d’un jet de pierre.
    La nuit, ils dormaient près du feu qu’ils avaient allumé avec des branchages.

    (C’était justement le mot branchage qui avait résonné en pleine nuit et l’avait réveillé autrefois, à cet instant où il avait commencé à entendre des voix. Mais passons, voulez-vous.)

    Donc, ils ne disaient rien, mais à certains moments ils se lançaient dans des conversations portant sur les sujets majeurs, en employant les mots les plus justes.

    - Lampion.
    - Trismégiste.
    - Houlà.
    - Tes cuisses.
    - Ess.

    Ils se nourrissaient de fruits secs qu’ils avaient emportés dans leurs poches. Il buvaient souvent aussi, à petite gorgées, un mélange de jus de citron et d’autre chose.
    Quand elle se reposait, il tournait alentour pour se ventiler. Quand, au contraire, c’était lui qui faisait une halte, elle continuait. Plus tard, il devrait courir pour la rejoindre, mais il était d’une rare endurance au réveil sous la futaie.
    Dès qu’un étang apparaissait, ils se laissaient glisser dans l’eau en frémissant.
    Derrière eux, tout était en feu. Devant eux, c’était sombre et vert, et bleu nuit, avec des lianes.
    Je ne peux vous dire ce qu’ils sont devenus, ni quel est celui qui a fini par abandonner, mais je pense que ni l’un ni l’autre n’a désiré rompre cet assemblage, même exténué. Peut-être se sont-ils arrêtés simplement, de concert, parce que c’était bon.
    Un jour, quelqu’un lança les recherches (il se trouve toujours une bonne âme pour abîmer les plus belles choses).
    Malgré toutes les pales déployées, on ne retrouva ni son chapeau à lui, ni son vélo à elle. Un passant désorienté avait probablement fait une bonne affaire en se les appropriant, car c’étaient des objets de grande qualité, bien qu’ils eussent beaucoup servi.
    Je dois maintenant vous dire la chose principale : leur voyage fut très amusant, car ils aimaient rire à l’intérieur, et absolument impossible.
    Au moment où je les ai quittés (en réalité elle était déjà loin devant), il m’a simplement donné une feuille de papier pliée en quatre.
    A l’instant où j’écris ces lignes, je n’ai pas encore lu ce qu’il est écrit là-dessus. J’ai peut-être peur d’être déçu, mais cela m’étonnerait, car je sais de naissance qu’il est impossible d’être déçu par une absence de signe.
    C’était il y a bien longtemps. Ils sont probablement ensevelis avec plaisir sous la mousse, à cette heure-ci.
    Je vais maintenant déplier le papier et lire les inscriptions à voix haute. Il s’agit certainement d’une courte phrase, ou moins encore. Deux ou trois mots, ou à peine plus.

(1506)


2 commentaires:

  1. Vous ne faites pas que raconter, vous poétisez... comme toujours

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  2. J'écris sous la dictée, puis je me trouve en désaccord avec la voix, puis nous trouvons un compromis, puis nous sommes tous deux un peu déçus, puis elle persévère et moi aussi.

    Quel bazar !

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