lundi 12 février 2018

   Ne m’intéressent que ceux qui font faillite avec panache. « N’ayez crainte, je n’ai jamais aimé personne »,  disent-ils dans un dernier souffle à la famille humaine. Et s’il se trouve un seul spectateur pour sourire à cette réplique, alors le mourant peut s’estimer heureux.
    Je rêve du jour où les acteurs descendront de l’estrade pour jouer leur vie parmi les autres, et où les ambitieux rassembleront quelques brindilles durant la journée pour les enflammer le soir venu. À quoi bon viser le haut du podium lorsqu’on peut vivre dans les étoiles ?

(1723)



samedi 3 février 2018

   Mais le plus intéressant est le Lecteur Des Sphères, le seul à comprendre vraiment quand l’Auteur est sérieux ou quand il se moque de monde. En survolant les feuilles, le LDS repère immédiatement les passages faibles et les rares instants importants. La plupart du temps, le LDS referme un livre avant la troisième page. À quoi bon lire si ce n’est pour être emporté ? Lorsqu’il rencontre une phrase admirable, le LDS se met en arrêt, comme le chien terrier devant un monticule de terre meuble travaillé par une taupe. Il enregistre alors - à jamais - cette apparition savoureuse pour la soumettre à son éternel questionnement. Avec un seul trait de génie, le LDS peut survivre durant plusieurs semaines, sans plus goûter à rien. Il lève la tête vers les cimes et semble heureux comme le plus simple des esprits.  Commence alors un long dialogue intérieur avec l’Auteur, au cours duquel les deux compères se retirent du monde pour soumettre à leurs sarcasmes ladite phrase immortelle, qui finit bien entendu par leur échapper, les abandonnant à leurs délires.
    Le LDS n’est ni un érudit ni un spécialiste de quoi que ce soit, et surtout pas de littérature. En vérité, le LDS n’aime pas les belles-lettres. C’est un petit homme perdu au sein d’un environnement exécrable, cherchant l’ivresse de la phrase vertigineuse, laquelle doit être à la fois définitive et chancelante, mais indéracinable, comme le roseau ou la primevère dans l’interminable tempête de stupidité.

 (1720)

 

LDS en quête

dimanche 28 janvier 2018

   Ce n'est point le perfectionnement des machines qui est la vraie calamité; c'est le partage injuste que nous faisons de leur produit.

(Jean Charles Léonard Simonde de Sismondi)



Néo-sismondiste sidéré
   Je garde un souvenir précis de mes premiers jours d’école. Le chef nous avait donné un poinçon, un carré de feutre et quelques dépliants publicitaires. Nous avions pour consigne de percer des trous autour des images de machines à lessiver, afin de les extraire de leurs pages. Je fus saisi par le crétinisme d’une telle opération, dénommée picotage. Je levai la tête et regardai autour de moi : chacun suivait les instructions avec le plus grand sérieux. J’avais envie de déchirer ces cochonneries et de crier. Je tremblais.
    Ces étourdis sont maintenant chroniqueurs, astronomes ou littérateurs. Je les écoute à la radio, quelquefois. Ils continuent de picoter. Mes préférés sont écrivains, bien entendu. Un homme de lettres décrivant la profondeur de son roman à voix haute nous offre toujours un moment réjouissant, lequel atteint le sommet lorsque nous découvrons son portrait imprimé à la Une.

(1711)


Merci la vie

jeudi 25 janvier 2018

   We are heading toward a dead world.

(International Energy Agency)






   Esprit sombre lorsqu’il est éclairé, l’homme a inventé l’électricité pour supporter de vivre dans le tunnel qu’il creuse en fuyant l’épuisante clarté.

(1660)


L'Empire des lumières

   Le 11 octobre 1939, à Manhattan, le studio RCA Victor était réservé pour la journée.                 L'ingénieur du son dit :
    - Faisons une prise pour régler les micros.
    Coleman Hawkins interpréta Body and soul, puis il rangea immédiatement son saxophone dans l’étui. Quand on lui demanda s’il désirait faire un autre essai, il était déjà parti. Un fois emporté par la grâce de l’improvisation exquise, un véritable génie reconnait qu’il n’y a plus rien à faire.

(1657)


   Le 14 janvier 1963, Albert Ayler anéantit le saxophone pour toujours, le faisant éclater en menus fragments avec la puissance de l’artiste capable de s’opposer - seul - au monde entier. En gravant Summertime, il venait de pousser à bout un instrument qui désormais aurait sa place au musée. Tout artiste digne de ce nom cherche à épuiser le moyen par lequel il tente de s’exprimer.

(1718)


samedi 20 janvier 2018

   (...) il y aura immédiatement des ralentisseurs provisoires, puis par la suite des ralentisseurs pérennes, et des voies de passage seront créées pour nos amis tritons, salamandres et autres habitants du bocage.

(Extrait de Vers le Houbisme, éditions du Rhinocéros)




   Un coiffeur… alors que rien n’est plus prodigieux qu’une femme ébouriffée.

(1676)


Diva-on-wheels - Archives de l'Orée

   Du tas de bois au saule tortueux, ça peut aller. Ensuite vient le bord de l’eau, avec cette sensation de malaise. Arrivé près de la menthe sauvage, l’euphorie me gagne, et je longe le mur de pierres sèches d’un pas gaillard avant de passer sous l’arcade, inquiet. Plus loin, les vibrations des feuilles de bouleau me donnent le vertige, et c’est depuis bosquet de framboisiers que je guette, anxieux, la réaction du sumac de Virginie. Rassemblant mes forces, je m’approche alors du houx et c’est l’extase avant la montée sous les vieux sapins, toujours difficile : il se fait tard et le chemin du retour est certainement impraticable.

(1672)


mardi 16 janvier 2018

   Et d’où vient cette idée selon laquelle l’élagage serait salutaire à la santé de l’arbre ? De la nécessité de motiver les agents municipaux lorsqu’on leur fait tailler les arbres en hiver, juste pour éviter qu’ils ne fassent rien à une époque où les plantes se reposent et ne demandent qu’une chose : qu’on les laisse tranquilles.

(Francis Hallé)



mercredi 10 janvier 2018

   C'est trop simple, et il fait trop chaud : on se passera de moi.

(Arthur R.)

 

America first

    Tout homme un peu clairvoyant vous le dira : il n’existe pas de sexualité normale.
    Pour ma part, j’ai connu la domination - exquise -, et la soumission, tout aussi enivrante. Il m’est également arrivé d’avoir le vertige alors qu’une amazone me frôlait d’une infime caresse. Je pense même avoir vécu l’amour tantrique - immobile -, lorsque la fusion est telle que les amants ne savent plus très bien à quel sexe ils appartiennent.
    Je connus aussi de longues périodes de frustration, toujours enrichissantes, sauf si elles se prolongent, ce qui fut souvent le cas.
    Je ne peux absolument pas déterminer ce que j’ai préféré, car il faut admettre que certaines séparations nous apportent autant de sensations agréables que d’intenses retrouvailles.
    En réalité, je fus amoureux tout le temps, et de toutes - ou presque -, ce qui est très embarrassant.
    L’inconstance est bien évidemment ce qui caractérise l’être humain, même si je la sens particulièrement développée chez moi.
    Je ne suis pas normal et vous non plus - heureusement. Si nous étions parfaitement conséquents - ce qui est impossible -, notre vie serait plus ennuyeuse encore, ce qui est difficile à imaginer - et que nous imaginons sans peine.

(1673)


Eine Liebe - Jan Saudek

lundi 8 janvier 2018

   Je me suis souvent demandé pourquoi je n’aimais personne, lorsque j'étais enfant, jusqu'à-ce que je me rende compte que c'était tout à fait naturel.
   Pourquoi les hommes n’admettent-ils pas qu’ils n’aiment qu’eux-mêmes, et encore, par intermittence ? Si les êtres humains assumaient enfin leur misanthropie, nous en aurions fini avec la Famille, la Patrie, la Fratrie, etc. La paix perpétuelle passera par la reconnaissance du non-amour universel.

(1692)


Le Sommet de la Paix

dimanche 7 janvier 2018

   Une petite amie 

                        qui me tienne compagnie






          Quand il fait froid et noir, 

                                                          dans les nuits de cafard.


               (Nino Ferrer)




   - Aidez-moi, je vous en prie. Quels mots dois-je lui écrire afin qu'elle revienne ?
   - Vingt-quatre heures de bonheur, c’est déjà un miracle.

(1670)


   Je ronge la corde que tu essaies de trancher, mon amour.

(1699)


samedi 6 janvier 2018

   Ceux que nous aimons nous procurent beaucoup d'enchantements - et quelques déceptions qui compensent à peu près.

(1698)


mercredi 3 janvier 2018

   Si le passage de vie à trépas procure les mêmes sensations que l’entrée dans le sommeil, alors je suis en faveur de la mort. Un homme ayant passé quelques jours sur terre, assuré de ne plus jamais avoir à se réveiller, se mettrait au lit sans tarder.

(1693)


   L’odeur d’une femme que l’on aime aussi - et surtout - pour son odeur.

(1694)


Il est bon d'y goûter aussi


   Selon la légende, les parents et les enseignants se chargent de l’éveil des jeunes gens. Mais avez-vous seulement écouté une conversation dans la Salle des professeurs ? Avez-vous déjà participé à une réunion de parents d’élèves ?
    « Les enfants n’ont vraiment pas de chance », m’avait dit un jour, et très justement, ma mère - entre deux verres de vin.
    Si vous avez le goûts des expériences catastrophiques et que, par miracle, vous connaissez un enfant éveillé, posez-le sur un banc d’école pendant une journée entière : vous le retrouverez empli de terreur et abandonné pour l’éternité. Tout espoir de rencontrer quelqu’un - ou d’améliorer quoi que ce soit - lui sera ôté à jamais. On ne peut à la fois aimer les enfants et les mettre au monde.


(1695)


vendredi 29 décembre 2017

   Quand je vois, par exemple, que vous gagnez des millions en blanchissant l'argent des cartels de la drogue (HSBC), ou en poussant des créances pourries sur les gestionnaires de fonds communs de placement (AIG, Bear Stearns, Morgan Stanley, Citibank), ou en vous attaquant aux emprunteurs à faible revenu ( Bank of America), ou en achetant des votes au Congrès (tout ce qui précède) - juste comme d'habitude à Wall Street - alors que je peine à joindre les deux bouts avec mon travail à temps plein, je réalise que ma participation au marché du travail est irrationnelle.
    Je sais que forger mon caractère par le travail est stupide, parce que le crime paie. Je pourrais tout aussi bien devenir un gangster comme vous. *

(James Livingston - Auteur également de Fuck Work)


 *C'est delorée qui épaissit 







jeudi 28 décembre 2017

   Mais fondre où fond ce nuage sans guide,  
   Oh ! favorisé de ce qui est frais! 
   Expirer en ces violettes humides 
   Dont les aurores chargent les forêts ?

 (Arthur R.)